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Divorce par faute : ce que la loi vous permet vraiment 

Divorce par faute : ce que la loi vous permet vraiment 

26/05/2026 9 min de lecture Georgiana Albu

Vous avez découvert une infidélité. Votre conjoint a disparu du domicile sans explication. Vous subissez depuis des mois des comportements humiliants ou des violences. Dans ces moments, une même question revient : est-ce que tout ça compte, juridiquement ? Est-ce que ce que vous avez vécu peut changer quelque chose au moment du divorce ? Le divorce par faute existe en droit français. Il permet, dans certaines conditions précises, de faire reconnaître les manquements d'un conjoint par un juge. Mais il est souvent mal compris : beaucoup pensent qu'il suffit d'avoir "raison" pour l'obtenir, ou qu'il garantit automatiquement une indemnisation. La réalité juridique est plus nuancée — et plus structurée qu'on ne l'imagine. Cet article vous explique ce que la loi prévoit réellement : quels comportements peuvent constituer une faute, quelles preuves sont recevables, et quelles conséquences concrètes vous pouvez attendre d'une telle procédure.

Le divorce par faute : de quoi parle-t-on exactement ?

Ce que dit le Code civil

Le divorce par faute est défini à l’article 242 du Code civil : il peut être demandé par l’un des époux lorsque des faits constituent une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage, et rendent intolérable le maintien de la vie commune.

Ces deux critères sont cumulatifs. Il ne suffit pas que votre conjoint ait mal agi — il faut aussi que la situation rende objectivement impossible de continuer à vivre ensemble. C’est le juge aux affaires familiales qui apprécie ces éléments, au cas par cas.

Point de droit — Le divorce par faute est une procédure contentieuse : elle se déroule devant un tribunal, avec un ou deux avocats, et donne lieu à un jugement. Elle ne peut pas être réglée par simple accord entre époux.


Les 4 cas de divorce en France : où se situe la faute ?

Type de divorcePrincipeNiveau de conflitDurée estimative
Consentement mutuelAccord total sur toutFaible2 à 6 mois
AcceptéAccord sur le principe, pas sur les effetsMoyen12 à 24 mois
Altération définitive du lienSéparation de fait depuis 1 anVariable12 à 24 mois
Par fauteManquements graves aux devoirs du mariageÉlevé18 mois à 3 ans

Le divorce par faute est la procédure la plus longue et la plus conflictuelle. Ce n’est pas une raison de l’écarter — mais c’est un élément à prendre en compte avant de s’y engager.


Quels comportements peuvent constituer une faute ?

Les fautes les plus fréquemment retenues par les juges

Les tribunaux reconnaissent régulièrement comme fautes au sens de l’article 242 :

  • L’adultère, lorsqu’il est prouvé et qu’il a rompu la confiance conjugale
  • Les violences physiques ou psychologiques — coups, menaces, harcèlement, humiliations répétées
  • L’abandon du domicile conjugal sans motif légitime et sans accord du conjoint
  • Le refus persistant de contribuer aux charges du ménage (loyer, dépenses courantes, besoins des enfants)
  • Les comportements addictifs non pris en charge (alcool, jeu…) lorsqu’ils affectent gravement la vie familiale
  • Les comportements humiliants ou dégradants en public ou devant les enfants

Adultère et infidélité : une distinction qui compte

Dans le langage courant, adultère et infidélité sont souvent confondus. Juridiquement, l’adultère désigne la violation caractérisée du devoir de fidélité inscrit dans le mariage — c’est une faute potentiellement recevable devant un juge.

Mais l’adultère seul ne garantit pas d’obtenir un divorce par faute. Le juge examine l’ensemble du contexte : la durée, les circonstances, l’impact sur la vie commune. Une liaison ancienne, connue des deux époux et tolérée pendant des années, sera appréciée différemment d’une infidélité récente et documentée.

Ce que le juge ne retiendra probablement pas

À nuancer — Certains comportements souvent cités dans les procédures sont rarement retenus seuls comme constitutifs d’une faute : mésentente générale, éloignement progressif, absence de communication, différences de caractère profondes. Ces situations peuvent justifier un divorce — mais plutôt pour altération définitive du lien conjugal que pour faute.

divorce par faute

Quelles preuves sont recevables devant le juge ?

Ce que vous pouvez produire

La charge de la preuve vous appartient. Les éléments recevables devant le juge aux affaires familiales incluent notamment :

  • Les attestations de témoins (voisins, proches, collègues), rédigées selon les formes requises par le Code de procédure civile
  • Les échanges écrits : SMS, courriels, messages sur des applications de messagerie — à condition d’en être le destinataire légitime
  • Les constats d’huissier, particulièrement utiles pour établir un abandon de domicile ou des dégradations
  • Les certificats médicaux en cas de violences physiques ou de séquelles psychologiques documentées
  • Les captures d’écran de publications ou messages publics

Ce qui est irrecevable — ou risqué

Attention — Certaines méthodes de collecte de preuves peuvent se retourner contre vous. Sont considérés comme illicites, et donc irrecevables : les enregistrements audio ou vidéo réalisés à l’insu de votre conjoint, l’accès sans autorisation à sa messagerie ou à ses comptes personnels, toute forme de filature ou de surveillance non encadrée.

Au-delà de l’irrecevabilité de la preuve, ces pratiques peuvent exposer à des poursuites pénales. Si vous avez des doutes sur la recevabilité d’un élément que vous souhaitez produire, c’est précisément le type de question à soumettre à un avocat spécialisé en droit de la famille avant d’agir.


Quelles sont les conséquences concrètes d’un divorce par faute ?

Sur la prestation compensatoire

Contrairement à une idée répandue, le divorce par faute ne donne pas automatiquement droit à une indemnisation. La prestation compensatoire vise à compenser le déséquilibre économique créé par le divorce entre les deux époux — elle est calculée selon les revenus, le patrimoine, la durée du mariage et les perspectives de chacun.

En revanche, l’article 270 alinéa 3 du Code civil prévoit que la prestation compensatoire peut être refusée à l’époux dont la faute a été retenue, si l’équité le commande. La faute peut donc avoir un impact réel sur ce volet — en faveur du conjoint lésé, ou en défaveur de l’époux fautif.

Sur le partage des biens

C’est un point qui surprend souvent : la faute n’a aucun impact sur la liquidation du régime matrimonial. Que vous soyez sous le régime de la communauté ou de la séparation de biens, le partage obéit aux règles du régime choisi au moment du mariage — indépendamment de qui a commis une faute.

Sur les dommages et intérêts

L’article 266 du Code civil permet au conjoint de réclamer des dommages et intérêts en réparation de conséquences d’une particulière gravité — perte d’emploi, problèmes de santé graves, isolement social documenté. En pratique, ces dommages et intérêts sont rarement accordés et les montants restent variables selon les situations. Il ne faut pas en faire le moteur principal de la démarche.

Sur la durée de la procédure

À savoir — Un divorce par faute est une procédure contentieuse qui dure, dans la majorité des cas, entre 18 mois et 3 ans selon le tribunal compétent, le niveau de conflit entre les parties et le calendrier des audiences. À titre de comparaison, un divorce par consentement mutuel peut être finalisé en quelques mois. Cette différence de durée — et donc de coût — mérite d’être intégrée dans la réflexion.

plan serre sur une femme en plein divorce

Dans quelles situations le divorce par faute est-il vraiment pertinent ?

Quand la faute change effectivement quelque chose

Engager une procédure pour faute a un intérêt pratique réel dans certaines situations précises :

  • Vous avez subi des violences documentées et souhaitez que cela soit formellement établi par un juge
  • Votre conjoint a quitté le domicile conjugal et refuse tout dialogue, rendant impossible un accord sur les effets du divorce
  • L’adultère a eu des conséquences économiques directes — argent du ménage détourné, financement d’une relation extra-conjugale sur les comptes communs
  • Vous souhaitez que la faute soit prise en compte dans le calcul de la prestation compensatoire

Quand d’autres voies méritent d’être envisagées

Si des fautes existent mais que votre priorité est de divorcer rapidement et à moindre coût émotionnel, le divorce pour altération définitive du lien conjugal peut être une alternative sérieuse. Depuis 2020, la séparation de fait d’un an suffit pour l’engager. Il ne reconnaît pas les torts — mais il clôt la situation plus vite.

Ce n’est pas une question de renoncement : c’est une question de stratégie, à évaluer selon votre situation personnelle, vos objectifs et les éléments dont vous disposez.


FAQ

Le divorce par faute existe-t-il encore en France ? Oui. Contrairement à certaines idées reçues, le divorce par faute n’a pas été supprimé. Il est toujours prévu à l’article 242 du Code civil et reste l’une des quatre formes de divorce en vigueur en France.

Peut-on divorcer pour faute sans avocat ? Non. Le recours à un avocat est obligatoire dans toute procédure de divorce contentieux, dont le divorce par faute. Chaque époux doit être représenté par son propre avocat.

Mon conjoint a reconnu sa faute : est-ce suffisant pour obtenir le divorce par faute ? Une reconnaissance verbale ou même écrite de la faute peut constituer un élément de preuve, mais elle ne suffit pas à elle seule. Le juge apprécie l’ensemble des faits. Un aveu dans un SMS ou un courrier peut avoir de la valeur — à condition d’être correctement versé au débat.

La faute influe-t-elle sur la garde des enfants ? Pas directement. Les décisions relatives à l’autorité parentale et à la résidence des enfants sont prises dans l’intérêt de l’enfant, indépendamment des torts entre époux. Une exception : si les comportements fautifs ont directement mis en danger les enfants, cela peut peser dans l’appréciation du juge.

Qui peut bénéficier de l’aide juridictionnelle pour un divorce par faute ? Toute personne dont les ressources sont inférieures aux plafonds fixés par la loi peut demander l’aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des honoraires d’avocat. Cette aide est accessible quelle que soit la forme de divorce.


Conclusion

Le divorce par faute est une procédure encadrée, exigeante en preuves, longue dans sa durée — mais elle existe et produit des effets juridiques réels sur la prestation compensatoire, la reconnaissance des torts et, dans certains cas, les dommages et intérêts.

Avant de s’y engager, il est utile de faire un point sur les éléments dont vous disposez, les objectifs que vous poursuivez et les alternatives qui s’offrent à vous. C’est précisément ce travail d’analyse — souvent réalisé lors d’une première consultation — qui permet de choisir la procédure adaptée à votre situation plutôt que la plus conflictuelle.

Si le sujet du partage des biens vous préoccupe dans le cadre de votre séparation, les règles du régime matrimonial méritent d’être examinées séparément : elles fonctionnent selon une logique propre, indépendante des fautes commises.