Aide juridictionnelle pour un divorce : qui peut en bénéficier ?
L’aide juridictionnelle, qu’est-ce que c’est concrètement ? Une prise en charge par l’État, pas un avocat « au rabais » L’aide juridictionnelle (AJ) est un dispositif public qui finance, totalement ou partiellement, les frais d’une procédure en justice pour les personnes aux ressources limitées. Elle ne doit pas être confondue avec l’aide juridique au sens […]
L’aide juridictionnelle, qu’est-ce que c’est concrètement ?
Une prise en charge par l’État, pas un avocat « au rabais »
L’aide juridictionnelle (AJ) est un dispositif public qui finance, totalement ou partiellement, les frais d’une procédure en justice pour les personnes aux ressources limitées. Elle ne doit pas être confondue avec l’aide juridique au sens large, qui désigne notamment les consultations gratuites proposées dans les points-justice. Ces consultations vous informent, mais elles ne vous représentent pas devant le juge.
Avec l’aide juridictionnelle, vous choisissez librement votre avocat, à condition qu’il accepte d’intervenir à ce titre. Si vous n’en connaissez aucun, le bâtonnier peut vous en désigner un. L’avocat qui intervient au titre de l’AJ est soumis aux mêmes obligations professionnelles que dans n’importe quel autre dossier.
Quels frais sont couverts dans un divorce ?
Selon votre situation, l’aide juridictionnelle peut prendre en charge :
- les honoraires de votre avocat, obligatoire dans toutes les procédures de divorce ;
- les frais de notaire liés au dépôt de la convention de divorce par consentement mutuel ;
- les frais de commissaire de justice (anciennement huissier), par exemple pour signifier un acte à votre conjoint ;
- les frais d’expertise ou d’enquête sociale ordonnées par le juge, notamment pour évaluer la situation des enfants.
À savoir : certains frais restent à votre charge, même avec une aide totale. C’est le cas du droit de plaidoirie, un montant forfaitaire modeste dû pour chaque audience. Les frais de notaire liés au partage de biens immobiliers peuvent également obéir à des règles spécifiques.
Qui peut bénéficier de l’aide juridictionnelle pour un divorce ?
Les trois conditions à remplir
Pour obtenir l’aide juridictionnelle, vous devez remplir trois conditions cumulatives :
- Nationalité ou résidence : vous êtes de nationalité française, ressortissant d’un État de l’Union européenne, ou vous résidez régulièrement en France. Si votre situation comporte un élément d’extranéité, par exemple un conjoint vivant à l’étranger, il est utile de savoir aussi quelle loi s’appliquera à un divorce international.
- Revenus : votre revenu fiscal de référence (RFR) ne dépasse pas les plafonds fixés chaque année.
- Patrimoine : la valeur de votre épargne (patrimoine mobilier) et de vos biens immobiliers, hors résidence principale, reste sous certains seuils.
Attention : un seul plafond dépassé suffit à fermer l’accès à l’aide, qu’elle soit totale ou partielle. Une épargne importante peut donc vous en priver, même si vos revenus sont faibles.

Quel revenu maximum pour y avoir droit en 2026 ?
Le revenu fiscal de référence est le montant qui figure sur votre dernier avis d’imposition. Les plafonds applicables en 2026 varient selon la composition de votre foyer fiscal :
| Foyer fiscal | Aide totale (100 %) | Aide partielle (55 %) | Aide partielle (25 %) |
| 1 personne | jusqu’à 12 957 € | de 12 958 à 15 316 € | de 15 317 à 19 433 € |
| 2 personnes | jusqu’à 15 289 € | de 15 290 à 17 648 € | de 17 649 à 21 765 € |
| 3 personnes | jusqu’à 17 621 € | de 17 622 à 19 980 € | de 19 981 à 24 097 € |
| 4 personnes | jusqu’à 19 095 € | de 19 096 à 21 454 € | de 21 455 à 25 570 € |
Pour une personne seule, le patrimoine mobilier ne doit pas dépasser 12 957 € et le patrimoine immobilier, hors résidence principale, 38 866 €. Ces seuils augmentent avec la taille du foyer.
Point de droit : si vous n’avez pas de revenu fiscal de référence, par exemple parce que vous n’avez jamais déclaré seul(e), le bureau d’aide juridictionnelle retient le double de vos revenus imposables des six derniers mois, après un abattement de 10 %.
Les revenus de votre conjoint comptent-ils ?
La question se pose souvent, car les époux partagent encore généralement un même foyer fiscal au moment du divorce. Lorsque la procédure vous oppose à votre conjoint, ses ressources ne sont en principe pas prises en compte : seules les vôtres sont examinées.
Dans votre situation : si votre dernier avis d’imposition est commun, joignez à votre demande les justificatifs de vos propres ressources des six derniers mois (bulletins de salaire, attestation France Travail, etc.). C’est sur cette base que votre éligibilité sera appréciée.
Aide totale ou partielle : combien vous restera-t-il à payer ?
Prenons un exemple. Un parent vit seul avec ses deux enfants à charge, ce qui forme un foyer de 3 personnes. Son RFR est de 18 500 €. Il se situe dans la tranche de l’aide partielle à 55 % : l’État prend en charge une partie de la rémunération de son avocat.
Avec une aide partielle, un honoraire complémentaire reste à votre charge. Il est fixé avec votre avocat dans une convention d’honoraires, c’est-à-dire un accord écrit préalable, et son montant dépend de la complexité du dossier. N’hésitez pas à aborder ce point dès le premier rendez-vous.
L’aide juridictionnelle selon le type de divorce ou de séparation
Le fonctionnement de l’aide varie légèrement selon la procédure choisie :
| Procédure | Particularités liées à l’AJ |
| Divorce par consentement mutuel | Chaque époux a son propre avocat et fait sa propre demande |
| Divorce judiciaire | Frais potentiellement plus élevés (audiences, expertises) |
| Séparation de corps | Mêmes conditions que pour un divorce |
Le divorce par consentement mutuel (divorce amiable)
Dans un divorce amiable, chaque époux doit être assisté de son propre avocat. Chacun forme donc une demande distincte, examinée selon ses seules ressources. Il est tout à fait possible que l’un bénéficie de l’aide juridictionnelle et l’autre non. Pour comprendre le déroulement de cette procédure, vous pouvez consulter les étapes du divorce par consentement mutuel.
Le divorce judiciaire
Divorce accepté, pour altération définitive du lien conjugal ou pour faute : ces procédures passent devant le juge aux affaires familiales et peuvent durer plus longtemps. L’aide juridictionnelle couvre alors aussi les mesures ordonnées par le juge, comme une enquête sociale. Si vous envisagez d’invoquer des manquements de votre conjoint, il est utile de savoir d’abord ce que permet réellement un divorce pour faute.
La séparation de corps
La séparation de corps met fin à la vie commune sans dissoudre le mariage. Elle ouvre droit à l’aide juridictionnelle dans les mêmes conditions qu’un divorce.
À savoir : si le divorce vous procure des ressources importantes, par exemple à l’issue du partage des biens, l’aide peut dans certains cas être retirée. Mieux vaut en parler avec votre avocat en amont.
Comment faire une demande d’aide juridictionnelle pour un divorce ?
Demande en ligne ou formulaire papier
Deux options s’offrent à vous :
- en ligne, via le service de demande dématérialisée du site justice.fr ;
- par formulaire papier : le Cerfa n° 16146, téléchargeable gratuitement, à déposer ou envoyer au bureau d’aide juridictionnelle (BAJ) du tribunal judiciaire de votre domicile.
Avant de vous lancer, le simulateur officiel du ministère de la Justice vous donne une première indication de votre éligibilité. Les conditions détaillées sont présentées dans la fiche consacrée à l’aide juridictionnelle lors d’une procédure en France sur Service-Public.fr. Si vous avez besoin d’aide pour remplir le formulaire, les point-justice vous accompagnent gratuitement.
Les documents à fournir
- une pièce d’identité et, le cas échéant, un titre de séjour ;
- votre dernier avis d’imposition ;
- les justificatifs de ressources des six derniers mois, indispensables en cas de divorce ;
- les justificatifs de patrimoine (épargne, biens immobiliers) ;
- une attestation de non-prise en charge par votre assurance de protection juridique, si vous en avez une ;
- si vous avez déjà choisi votre avocat, son acceptation d’intervenir au titre de l’aide juridictionnelle.
Les étapes, du choix de l’avocat à la décision
- Choisissez un avocat qui accepte l’aide juridictionnelle, ou demandez une désignation.
- Constituez et déposez votre dossier auprès du bureau d’aide juridictionnelle.
- Attendez la décision, qui vous est notifiée par écrit. Le délai varie selon les tribunaux.
- En cas de refus, vous disposez d’un délai de 15 jours à compter de la notification pour former un recours.
Un dossier incomplet ralentit son traitement. Se faire aider dès cette étape par un avocat en droit de la famille permet souvent d’éviter les allers-retours.
Faut-il attendre la décision pour engager la procédure ?
La demande peut être faite avant ou pendant la procédure. Dans la pratique, il est préférable de la déposer le plus tôt possible. Organisez le calendrier avec votre avocat, car en cas de refus, ses honoraires seraient dus selon les conditions habituelles.
FAQ
Comment avoir un avocat gratuit pour un divorce ?
Si vos ressources sont inférieures aux plafonds de l’aide totale, l’État prend en charge l’intégralité de la rémunération de votre avocat, hors droit de plaidoirie. L’avocat étant obligatoire dans tout divorce, c’est la principale voie d’accès, avec l’éventuelle garantie de votre assurance de protection juridique.
Mon avocat peut-il refuser l’aide juridictionnelle ?
Oui, un avocat n’est pas tenu d’accepter un dossier à ce titre. Il est donc utile de lui poser la question dès le premier contact. À défaut, le bâtonnier peut vous désigner un avocat.
J’ai une assurance protection juridique : puis-je demander l’aide juridictionnelle ?
L’aide juridictionnelle intervient en complément : vérifiez d’abord si votre contrat couvre le divorce. Beaucoup de contrats l’excluent. Dans ce cas, votre assureur vous remet une attestation à joindre à votre demande.
Que se passe-t-il si je suis victime de violences conjugales ?
En cas de procédure d’urgence, l’aide juridictionnelle peut être accordée à titre provisoire, sans attendre l’examen complet de vos ressources. Vous devrez ensuite justifier que vous remplissez les conditions.
Quel est le prix d’un divorce avec l’aide juridictionnelle ?
Avec une aide totale, votre reste à charge est très limité. Avec une aide partielle, un honoraire complémentaire est fixé avec votre avocat. Son montant dépend de la procédure et de la complexité de votre situation.
Conclusion
L’aide juridictionnelle pour un divorce repose sur trois critères : vos revenus, votre patrimoine et votre situation de résidence. Elle peut couvrir tout ou partie de vos frais selon votre tranche de ressources. Lors d’un divorce, ce sont en principe vos seules ressources qui comptent, pas celles de votre conjoint. Dans un divorce amiable, chacun des époux fait sa propre demande.
En pratique, commencez par rassembler votre dernier avis d’imposition et vos justificatifs de ressources des six derniers mois, puis faites une simulation. Abordez ensuite la question financière dès votre premier échange avec un avocat : c’est le moment d’anticiper le calendrier et un éventuel reste à charge.
Une fois la question du financement réglée, d’autres sujets se poseront souvent rapidement, comme l’organisation de la résidence des enfants ou le partage des biens.